C’est la rentrée !

Voici un texte que j’ai écrit pour le concours de nouvelles de l’association Corinne Vuillaume. Je n’ai pas été sélectionnée et je voulais vous le partager.

 

 

Prélude à la fête

Qu’est-ce que c’est que ce bruit ? Il y a quelqu’un qui sort les verres du buffet. Pourvu qu’ils fassent
attention à mon service Baccarat. Je devine l’effervescence en bas et ça m’agace un peu. Je me sens
bien dans mon lit avec ce vent tiède qui vient me chatouiller le visage. C’est divin, je pourrais rester
là une éternité !
« Martin, t’as pensé à mettre le champagne au frais ? »
– Oui, oui. »
Du champagne, bon choix. Les petites bulles qui pétillent dans les joues et les larmes qui montent
aux yeux. Ça me rappelle mon mariage, j’étais tellement nerveuse que le simple bruit du bouchon
de champagne avait manqué de me faire défaillir ! Je m’étais sentie bête, ça paraissait tellement
naturel aux autres toutes ces effusions. Moi je me sentais gauche pendant les fêtes, je ne savais pas
trop comment m’habiller ou me tenir. Il y a avait trop de bruit à mon goût et ça manquait de
spontanéité. Je trouvais le silence beaucoup plus propice à la vérité.

« C’est la fête, c’est la fête ma minette ! ». Oh, j’entends Zoé qui fredonne son dessin animé
préféré. Combien de fois on l’a visionné, serrées l’une contre l’autre sur le canapé. Elle se levait
pendant les fréquences chantées et se prenait pour Belle. Je riais même si à force j’étais agacée par
cette bête renfrognée. Heureusement qu’à la fin tout s’arrangeait. Zoé est la vie incarnée. Je l’ai
souvent regarder jouer sans qu’elle me voie. Elle bâtissait son monde, un cahier en guise de
château, un coussin pour une montagne. J’admirais son imagination. Est-ce qu’enfant j’étais aussi
inventive ? Je ne crois pas. Je préférais me plonger dans les livres, vivre les histoires des autres
plutôt que de construire les miennes.

Tiens, j’entends des voitures sur le gravier. Qui ça peut bien être ?
« Ah voilà Françoise et Xavier » s’écrit Alice.
J’ai aussi reconnu Claudia avec son fabuleux accent suave. Je suis contente qu’elle ait pu se libérer.
Je me souviens de la dernière fois qu’on s’est vues, j’étais allée lui faire une surprise pour son
vernissage à Séville. C’était il y a quatre ou cinq ans déjà. Il faisait si chaud ce jour-là. J’avais
trempé mes pieds dans la fontaine. Les passants me regardaient un peu gênés, je suis sûre qu’ils
m’enviaient ! On m’a parfois dit que j’étais « culottée », je prenais ça pour un compliment. Je crois
d’ailleurs que c’est grâce à cette audace que Luc m’a remarquée. Lui si talentueusement mesuré, il
avait besoin de quelques turbulences pour maintenir le cap. On peut dire qu’on en a éprouvé des
traversées main dans la main. Parmi tous ceux croisés sur mon chemin, je n’ai jamais regretté de
l’avoir choisi.

« Un, deux, un, deux ».
Ils testent le micro, c’est prometteur. J’espère que Pauline nous fera l’honneur de chanter. J’avais
été si émue quand j’étais allée à son premier récital. Elle a le don pour aller titiller ce qui est bien
enfoui au creux de moi. A ce souvenir, je m’extirpe du lit et je m’approche discrètement de la
fenêtre pour les observer en bas. Qu’ils sont beaux tout apprêtés ! Le jardin me paraît bien petit
avec ce monde amassé. Je suis étonnée qu’ils se soient tous déplacés. J’aperçois Marie avec son
bébé assis dans sa poussette high tech. Il remue ses petits pieds nus et potelés. Oh ils ont accroché
des lampions comme j’aime ! Alice sort de la cuisine avec des plateaux de petits fours. Elle a l’air
contrarié, comme d’habitude. Elle a tellement envie d’être parfaite, elle comprendra avec le temps
que le plus important est d’être là. Tout simplement. Louis arrive en scooter avec une magnifique
rousse. C’est beau la jeunesse ! Et puis, je vois Paul aussi. J’ai l’impression qu’il pleure, je ne suis
pas étonnée, je l’ai toujours connu à fleur de peau. C’est bon de les regarder à la dérobée, je me sens
comme une gardienne de phare qui veille sur ses marées. Ils ont l’air si tendres les uns avec les
autres comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis des années, comme si les vieilles querelles s’étaient
envolées. On dirait que Martin va prendre la parole.

« Merci à tous d’être venus, on va pouvoir commencer. »
Il serait peut-être temps que j’y aille. Je me retourne vers le lit et je le vois. Mon corps. Il a été si
fidèle et il m’a fait vivre des merveilles. Je m’approche doucement et je prends cette main qui a si
souvent caressé. Je dépose un baiser sur mon front, il peut enfin se dérider après tout ce temps plissé
par les problèmes et les questions existentielles. La sérénité me va plutôt bien d’ailleurs ! Je les
entends s’installer en bas. Tous ensemble. Je sais bien qu’ils sauront gérer. La vie continue, même si
moi je m’arrête là. Après tout, j’en ai bien profité alors que la fête commence !

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